Pour les quelque 20 millions de Camerounais, le marché du gaz domestique n'offre que 1.200 tonnes de mètres de cubes de production mensuelle, de sources officielles. Comparée à la consommation estimée à cinq fois plus, soit 6.000 tonnes par mois, cette production fournie par la Société nationale de raffinage (SONARA, étatique) ne représente que 20% des besoins. Pour pouvoir combler le gap, il est fait recours aux importations. Mais, un autre problème se pose à ce marché, celui des capacités d'entreposage très limitées de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP, également étatique) : contre 1.200 tonnes de mètres cubes à Douala, la métropole économique, cette entreprise ne permet de stocker que 500 tonnes dans ses installations de Yaoundé.
"Habituellement, je reçois 1.200 bouteilles (de 12 kilos, ndlr) par jour pour les besoins du marché des trois régions de ma zone de compétence : Centre, Sud et Est. Mais à présent, la SCDP ne me livre que 400 à 500 bouteilles. Vous comprenez donc qu'il m'est impossible de satisfaire tout le monde au même moment. Je suis obligé par conséquent de procéder à une répartition géographique de la distribution", a confié à Xinhua un opérateur du secteur sous couvert d'anonymat. Pour les consommateurs, c'est la galère. Aux pénuries du produit vient s'ajouter la spéculation, parfois volontairement entretenue par des commerçants sans scrupules. De 6.000 francs CFA (12 USD) la bouteille de 12 kilos, les prix agréés vont jusqu'à franchir la barre des 10.000 francs (20 USD), lorsque le client arrive à découvrir un stock disponible, après bien des turpitudes à travers les lieux de vente.
La brigade de contrôle et de répression des infractions du ministère du Commerce a beau jeu d'annoncer des opérations "coup de poing" pour lutter contre cette pratique, rien n'y fait. "On a le sentiment que c'est de la poudre aux yeux. En dehors de quelques résultats positifs, il y a lieu de s'interroger sur l'efficacité du contrôle et la répression déclarés", s'est indigné Jean, habitant de Yaoundé. Dans les marchés, hors micro, certains commerçants affirment volontiers profiter de la cupidité de quelques agents de la structure ministérielle qui, en échange de leur silence, se laissent plutôt corrompre.
C'est un comportement qui offre aux hors-la-loi une sorte d'impunité dont ont également pu bénéficier des personnels de l'entrepôt de la SCDP à Yaoundé après avoir été pris en flagrant délit de siphonage de bouteilles en gaz par les responsables de la brigade de contrôle et de répression du ministère de la Culture en personne en 2010. Depuis lors, aucune suite judiciaire n'a été rapportée concernant l'action menée à l'encontre de ces personnels indélicats. D'ailleurs, "actuellement, les bouteilles de gaz vendues aux consommateurs pèsent 10 kilos, au lieu de 12 kilos. Ce qui est étonnant, ce que personne ne lève son petit doigt pour dénoncer cela", a observé un autre habitant de la capitale camerounaise.
Egalement en mode rationnement, la distribution de l'eau courante par la Société camerounaise des eaux (CDE, acquéreur marocain de l'ex-Société nationale des eaux du Cameroun, privatisée) provoque à son tour des récriminations des consommateurs. Bien avant les perturbations du réseau de distribution annoncées ces derniers jours en vue de la réfection des équipements jugés vétustes, les coupures d'eau étaient déjà légion dans les grandes villes du pays, y compris à Yaoundé. Le constat fait régulièrement découvrir des quartiers entiers au régime sec pendant de nombreux jours voire des semaines ou des mois.
Réduites au système "D", les populations se retrouvent à parcourir, récipients en main, de longues distances à pied à la recherche de l'eau potable. Le recours à des puits et autres sources non désinfectés expose au risque de contamination à l'égard de diverses maladies, telles le choléra reconnu comme une maladie endémique au Cameroun.
Comble, la qualité de l'eau fournie aux ménages est parfois sujette à caution, en raison des dépôts d'impuretés décelés dans le liquide. En l'absence d'une prise de position des autorités, c'est aussi par une sorte de résignation que les populations elles-mêmes se montrent affectées par cette situation déplorable. A leur décharge, les responsables de la CDE et les pouvoirs publics camerounais convoquent l'offre disponible en alimentation en eau de consommation courante inférieure à près de la moitié d'une forte demande estimée à 300.000 mètres cubes par jour pour la seule ville de Yaoundé. Pour eux, à commencer par le prolongement du projet chinois de traitement de l'eau d'Ayato au profit des habitants de Douala, ce sont les chantiers d'extension des réseaux en cours qui viendront résorber dès 2013 le déficit observé. Même discours de l'augmentation de la production locale de gaz et des capacités d'entreposage du gaz domestique.