SUCCESSION POLITIQUE

Le Ndc fait éternuer la démocratie ghanéenne

ACCRA (© 2012 Afriquinfos) - Après la parenthèse des obsèques nationales du président John Evans Atta Mills le 10 août prochain, le Ndc (actuellement au pouvoir au Ghana) devrait continuer de se "donner en spectacle" sur la scène politique au Ghana, à quelques mois de la présidentielle de cette année. (Par Edem Gadegbeku)
Mardi 7 août 2012 | 13:52 UTC

La sortie médiatique de John Jerry Rawlings sur Rfi (Radio France internationale) quelques heures après le décès de John Evans Atta Mills le 24 juillet dernier devrait laisser des traces au sein de l’appareil de gouvernance du Ndc, leur parti. En critiquant ouvertement les « carences de leadership » sous Atta Mills, John Rawlings (considéré comme le principal bâtisseur de la démocratie au Ghana à partir de 1992) a sans ambages mis le pied dans les plats.

Les dissensions ouvertes entre Rawlings et Mills que s’efforçaient de cacher le second sont désormais étalées au grand jour. Avec le grand risque que ce bras de fer interne au Ndc ait des répercussions à court et à moyen termes sur les performances électorales de cette formation. Lors de la présidentielle de 2008 qui a porté Mills au pouvoir, le Ndc s’était déjà imposé dans un mouchoir de poche face au Npp (principal parti de l’Opposition ghanéenne), grâce à des voix provenant du bastion de son rival ! Si le différend entre les camps Mills et Rawlings s’exacerbent, à coup sûr, cette poche de "voix de secours" va inexorablement se réduire pour le plus grand bonheur du Npp. Le nœud de l’enjeu successoral au Ndc est simple : une partie des Ghanéens ne veut pas de la mainmise des Rawlings sur le pays ; un peu comme le camp démocrate aux Usa avait rejeté Mme Clinton comme candidate à l’investiture en 2008 (après les deux mandats de Bill Clinton).

Même si une bonne partie de l’opinion ghanéenne a tendance à absoudre systématiquement le capitaine d’aviation Rawlings de tout écart politique, ses sorties médiatiques quelques heures après la disparition de John Mills inaugurent une nouvelle ère dans la course pour ravir le fauteuil présidentiel au Ghana. Une lutte feutrée qui devrait voir toute l’ex Gold Coast retenir son souffle. A terme, c’est l’image du Ghana bon élève de la démocratie en Afrique de l’ouest qui devrait prendre un coup. Il en va de même du statut qu’a pris M. Rawlings en Afrique, en acceptant de se retirer du pouvoir en 2000, après deux mandats légaux. Lui, Rawlings qui n’a pas hésité à vitupérer contre l’ingérence de l’Occident en Afrique dans les crises ivoirienne et libyenne. Lui, qui aime redire à qui veut l’entendre que s’il lui était donné l’occasion de répéter son "épuration" de militaires véreux qui compromettaient l’avenir du Ghana jusque dans les années 70, il serait prêt à rééditer son "exploit". Mais, alors, comment une personnalité qui se réclame démocrate jusqu’au bout des ongles, peut se sentir mal à l’aise à l’égard des résultats des primaires de sa propre formation politique, résultats qui recalent son épouse?

Même dans les Etats à culture démocratique sur le continent africain, la boulimie "naturelle" du pouvoir n’épargne plus même les "illuminés". Mauvaise nouvelle.
 

Afriquinfos
 

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