Les analystes politiques considèrent la visite historique de M. Morsi à Téhéran comme "avancée historique", une étape vers la normalisation des relations entre les deux pays. Cependant, l'Egypte connait encore de nombreuses pressions sur le plan domestique et à l'étranger.
PREMIERE VISITE EN TROIS DECENNIES
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad et M. Morsi se sont rencontrés jeudi et ont discuté des objectifs du NAM et des développements régionaux. Au cours de la réunion, le président iranien a félicité M. Morsi pour sa victoire à la présidentielle égyptienne et M. Morsi a qualifié la présidence iranienne du MNA d'"opportunité" pour le mouvement, a indiqué le vice-ministre iranien des Affaires étrangères chargé des affaires arabes et africaines, Hossein Amir Abdollahian, aux médias locaux.
Les deux présidents se sont rencontrés dans une "atmosphère amicale" et ont revu les objectifs du MNA, a rapporté l'agence de presse semi-officielle iranienne Mehr, citant M. Abdollahian. Concernant les relations diplomatiques irano-égyptiennes, l'officiel iranien a indiqué que le sujet avait également été discuté au niveau ministériel. M. Morsi n'est resté à Téhéran que quelques heures et est rentré au Caire tard jeudi soir, selon l'agence de presse officielle égyptienne MENA.
L'Egypte et l'Iran n'entretiennent plus de relations diplomatiques complètes depuis la Révolution islamique de 1979, quand l'Iran a rompu ses liens avec l'Egypte, ce dernier ayant accueilli le shah iranien et fait la paix avec Israël.
CONSIDERATIONS DIFFERENTES
Au cours des trois dernières décennies, à chaque fois que l'Iran a envoyé un signal amical à l'Egypte dans l'espoir d'améliorer les relations amicales, les Etats-Unis et les pays du Golfe persique sont intervenus et ont fait obstacle.A la chute de l'ancien président égyptien Hosni Moubarak en février 2011, les relations irano-égyptiennes ont montré des signes de réchauffement. Téhéran a ensuite envoyé plusieurs signaux au Caire pour tenter de rétablir leurs relations. Aujourd'hui, à l'encontre des pressions des Etats-Unis et d'Israël, M. Morsi est venu à Téhéran dans le cadre d'une visite historique, montrant ainsi la volonté du pays arabe de réchauffer les relations avec l'Iran.
Les analystes égyptiens ont déclaré que la visite de M. Morsi à Téhéran avait fait fondre la glace des relations irano-égyptiennes encore plus, et était devenue un nouveau point de départ des relations des deux puissances régionales ainsi qu'une étape importante vers la normalisation des relations diplomatiques.
La visite d'un dirigeant égyptien est très importante pour l'Iran. L'occident impose des sanctions à l'Iran et a récemment intensifié ces sanctions en raison du programme nucléaire controversé mené par l'Iran. De plus, les Etats-Unis et leur allié israélien ont annoncé de potentielles attaques militaires sur les installations nucléaires suspectes iraniennes, resserrant encore davantage les possibilités diplomatiques de Téhéran. La visite de M. Morsi a apporté indubitablement un soutien politique et spirituel à la République islamique et a même été saluée par les médias iraniens qui ont qualifié cet événement de "coup porté aux Etats-Unis".
Le voyage de M. Morsi à Téhéran est également une façon de rompre avec l'influence américaine sur les politiques étrangères égyptiennes. Avant cette visite, M. Morsi avait indiqué que son pays adopterait des politiques étrangères "équilibrées".
DIFFICULTES A VENIR
Bien que la visite de M. Morsi en Iran tourne la page des relations entre l'Egypte et l'Iran, le chemin de la normalisation des relations bilatérales ne sera pas aisé, selon les analystes. L'Egypte, par exemple, doit encore faire face à plusieurs pressions de l'extérieur et de l'intérieur.
Premièrement, la pression principale sur l'Egypte vient des Etats-Unis. Ali Hassan, observateur politique égyptien, a déclaré que l'Egypte était entré en contact avec l'Iran en pensant à ses propres intérêts nationaux, mais que les Etats-Unis allaient s'y opposer dans son intérêt et celui des Israéliens. Il ne sera pas facile pour l'Egypte d'atteindre un équilibre entre les Etats-Unis et l'Iran. Bien que l'Egypte souhaite suivre des politiques étrangères indépendantes, il a encore besoin des aides économiques et militaires américaines à court-terme. L'administration de M. Morsi doit faire face à de nombreux problèmes, y compris de développement économique, sociaux et de sécurité nationale, qui nécessitent l'aide militaire et financière américaine. Résultat: l'Egypte ne s'aventurera pas à provoquer les Etats-Unis au moment d'ajuster les relations entre l'Egypte et l'Iran.
Deuxièmement, les pays du Golfe ne seront pas contents de voir l'Egypte se rapprocher de l'Iran. Depuis les troubles en Egypte, les pays du Golfe ont augmenté leurs aides financières dans le pays. Après avoir remporté la présidence, le premier pays que M. Morsi ait décidé de visiter était l'Arabie Saoudite, ce qui montre clairement à quel point il estime les pays du Golfe. Enfin, des voix se sont élevées en Egypte contre l'amélioration des relations avec l'Iran. Les Salafistes, alliés des Frères musulmans, s'inquiètent de l'expansion de l'influence chiite iranienne, et considèrent la République islamique comme un "ennemi".