PRESIDENTIELLE

Macky, le nounours de la République

DAKAR (© 2012 Afriquinfos) - Ce qui frappe le plus, lorsqu’on rencontre Macky Sall, c’est - dans toutes les acceptions du terme – son extrême rondeur : physique, intellectuelle, politique. L’homme est, en effet, grand et a de l’embonpoint. Et, dans un pays où l’extravagance et la volubilité relèvent du sport national, il a le sourire rare. Au point d’être surnommé « Niangal » (« visage fermé », en ouolof) par ses compatriotes. (Par Francis Kpatindé)
Lundi 26 mars 2012 | 13:22 UTC
Macky, le nounours de la République

Macky Sall

Habile manœuvrier, en bon élève du maître, et rusé, comme un pâtre du Fouta, il a utilisé cette rondeur naturelle pour esquiver sans coup férir les « missiles » de ses adversaires du premier tour et pour, au tour ultime, désamorcer les attaques de celui qui l’a porté sur les fonts baptismaux : Abdoulaye Wade. Dissimulé sous cette armure, il a pu, tel Invisible Man, faire campagne, sillonner les villages les plus reculés, laissant à d’autres les sit-in et les pique-niques Place de l’Obélisque ou Place de l’Indépendance, à Dakar. C’est bien connu, on ne tire pas sur un gros nounours et Macky Sall en est un…

Résultat : Ce Peul natif de Fatick (centre du pays), marié et père de trois enfants, devient, à 51 ans, le quatrième président du Sénégal. Et le deuxième plus jeune chef de l’Etat dans l’histoire politique contemporaine de cette ancienne colonie française. Senghor (1960-1980), le « père de l’indépendance », est devenu président de la République à l’âge de 54 ans, son successeur immédiat, Abdou Diouf (1981-2000), à 46 ans, et Abdoulaye Wade, à 74 ans.  Un parcours fulgurant pour un homme qu’on disait sans relief !

Ingénieur géologue et géophysicien formé à l’Institut des Sciences de la Terre, à Dakar, puis à l’Ecole Nationale Supérieure du Pétrole et des Moteurs, de l’Institut Français du pétrole, à Paris, Macky Sall est quasiment inconnu du grand public lorsque le président Wade l’appelle, pour la première fois, au gouvernement comme ministre des Mines, de l’Energie et de l’Hydraulique, en mai 2001. Il occupera plusieurs départements ministériels, dont celui de l’Intérieur, avant d’être propulsé Premier ministre en 2004, puis Président de l’Assemblée nationale, trois ans plus tard.

Lors de la présidentielle de 2007, il est directeur de campagne de Wade, candidat à sa propre succession, en même temps qu’il est le numéro 2 institutionnel du Parti démocratique sénégalais (PDS), où il milite depuis 1988, après un passage, comme tout Sénégalais qui se respecte, par une formation de l’extrême gauche maoïste, And-Jëf. Puis, il entame une brutale descente aux enfers, aussi imprévue que ne le fut son ascension.

En 2008, il entre en conflit avec son mentor politique pour avoir eu « l’outrecuidance » de convoquer à l’Assemblée nationale le fils de ce dernier, Karim Wade, en vue d’une audition sur les travaux supervisés par ce dernier en prévision d’un sommet islamique prévu à Dakar. Son tort ? Ne pas en avoir informé au préalable le chef de l’Etat, qui en a d’autant plus pris ombrage que l’Agence en question relevait directement de la Présidence de la République.

Après maintes péripéties et combats de procédure, Macky Sall démissionne le 9 novembre 2008 de ses fonctions, mais aussi, comme s’il voulait se régénérer ou faire peau neuve, du PDS et de l’ensemble de ses mandats électifs. Quelques jours plus tard, il annonce la création de sa propre formation politique, l’Alliance pour la République (APR-Yakaar, qui se réclame, comme le PDS, du libéralisme) avec laquelle il ira, avec le bonheur que l’on sait, à la conquête du célèbre fauteuil de l’Avenue-Léopold-Sédar-Senghor.

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