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Cameroun: députés juniors pour une plus grande attention aux problèmes des enfants

YAOUNDE (Xinhua) - Agés de 9 à 17 ans, 180 jeunes Camerounais se sont regroupés à Yaoundé, comme de tradition depuis 13 ans en marge de la Journée de l'enfant africain, célébrée le 16 juin, dans le cadre du Parlement des enfants institué par les autorités et qui, pour bien d'entre eux, est une occasion indiquée pour appeler le gouvernement à mieux se pencher sur les problèmes des enfants.
Dimanche 19 juin 2011 | 23:08 UTC

Premier de sa classe de 4e avec une note de 16,47 sur 20 et admis en 3e au lycée Joss à Douala, la métropole économique et principale ville de la région du Littoral, le petit Rémy Alex Doumbe Epoh, 13 ans, est une âme véritablement bien née qui, malgré son jeune âge, sait avec précision en quoi consiste son rôle de député junior.

"Pour moi, être député junior, déjà c'est un honneur, parce que nous représentons la jeunesse camerounaise, nous représentons le Cameroun de demain. Et pour cela, comme nous sommes les députés juniors, nous devons assumer nos responsabilités", a déclaré à Xinhua avec une assurance étonnante cet adolescent, désigné coprésident de la 13e édition du Parlement des enfants de son pays.

En venant dans la capitale pour un séjour du 8 au 17 juin, le jeune lycéen avait clairement en tête son message au gouvernement, du haut de la tribune de l'hémicycle de l'Assemblée nationale, sur les problèmes de l'éducation et de la santé.

"Les problèmes qui se posent dans l'éducation, il y a d'abord l’incompétence de certains enseignants dans les écoles. Il y a des enseignants qui viennent, ils ne font même pas une demi-page et après ils s'en vont".

Et le petit futé de dénoncer les conséquences de ce comportement irresponsable de ceux-là qui sont censés tout mettre en oeuvre au travers de leur pédagogie pour assurer à la jeunesse un encadrement scolaire sans faute, mais font plutôt que "certains élèves ne peuvent pas passer en classe supérieure".

Le co-président du 13e Parlement des enfants a par ailleurs déploré le manque d'infrastructures scolaires, auquel s'ajoute celui des structures sanitaires. Comme s'il se mettait dans la peau d'un adulte, voire d'un vrai député de la nation incarné jeudi à l'occasion de la 21e Journée de l'enfant africain, il a alors avisé : "Pour le futur de nos enfants, nous devons régler ces problèmes. Il doit y avoir des écoles et des centres de santé dans tout le Cameroun".

"Ce n'est pas seulement dans les grandes comme Douala et Yaoundé qu'on doit y penser. On doit aussi penser aux autres régions qui n'ont pas ce que nous on a à Douala ou ici à Yaoundé. Pour moi, ce sont les problèmes majeurs que le Cameroun a. Il y a aussi d'autres problèmes, mais les problèmes que je maîtrise, ce sont les problèmes de la santé et de l'éducation. C'est pour cela que j'en ai parlés".

D'un nombre reflétant la configuration de l'Assemblée nationale camerounaise, les 180 députés juniors du 13e Parlement des enfants se répartissaient entre 87 filles et 93 garçons, parmi lesquels des enfants handicapés. "On a respecté l'approche genre et l’approche handicap. Il y a des handicapés moteurs, visuels, sensoriels", a expliqué Damien Enyegue Mvogo, encadreur.

D'après cet assistant principal des affaires sociales, toutes les couches sociales étaient représentants à travers des "enfants de parentes démunis et de familles nanties, des albinos, des orphelins, bref des enfants vulnérables". Pour les scolarisés, les critères de sélection reposaient sur une bonne expression de la langue parlée, le français ou l'anglais, et de meilleures notes à l'école.

Egalement co-présidente du Parlement des enfants, Isabelle Doumba Hawa Bello, 15 ans, représentante de la région de l’Adamaoua (Nord du pays), a été choisie tout d'abord aussi pour ses performances scolaires. "On m'a sélectionnée parce que, premièrement, j'étais meilleure de mon établissement. Au premier trimestre, j'avais eu 14,94 sur 20. Au deuxième trimestre, j'avais eu 12,93 et là au troisième trimestre je suis passée en 1ère avec 14 toujours".

Mais contrairement à son "homologue" Rémy Alex Doumbe Epoh, la désignation de la jeune fille a été par la suite consacrée au terme d'une élection. "J'ai été votée pour représenter le Mbéré. Nous étions nombreux. Par le passé, la sélection était limitée au niveau du chef-lieu du département. Le délégué (régional des Enseignements secondaires, ndlr) a décidé d'élargir aux environs du département".

Pour elle, "être député junior, d'abord c'est un plaisir pour tout enfant. C'est pouvoir défendre la cause de tous les enfants camerounais". C'est un rêve accompli. "Longtemps, je rêvais quand je voyais les autres passer à la télé. Je ne savais pas qu'un jour je pouvais être moi aussi député junior. Pour moi, c'est un rêve vraiment qui s'est réalisé très vite", a-t-elle témoigné

La défense des droits des enfants, c'est le cheval de bataille d'Isabelle. Mais, "bien que nous ayons des droits, nous devons aussi penser à accomplir nos devoirs si nous voulons vraiment être respectés", a-t-elle affirmé. Parmi leurs encadreurs, des anciens députés juniors figuraient dans les rangs. C'est le cas d'Arsène Gaël Onana, aujourd'hui étudiant en droit public à l'Université de Yaoundé II.

Selon celui-ci, "le Parlement des enfants est une expérience formidable dans la vie d'un enfant. Hormis la défense et la promotion des droits des enfants que les députés juniors sont censés dispensés, le Parlement des enfants a un côté social qui m' a beaucoup marqué. On réunit dans un même endroit pour une dizaine de jours 180 enfants, venant des 10 régions et des 54 départements ".

Il estime que "ce genre d'expérience-là, c'est très important, parce que nous sommes à une période où il y a une perte des valeurs, ces valeurs ancestrales-là qui font la spécificité de l' Afrique, à savoir la solidarité par exemple. On essaie d'inculquer ça à ces générations-là, qui maintenant lorsque, eux, ils sont de retour dans leurs localités d'origine, ils ont le devoir de transmettre à leurs camarades tout ce qu'ils ont eu à apprendre ici à Yaoundé".

Pour l'instant, l'action des députés juniors s'arrêta avec la fin de leur session à Yaoundé. "Nous sommes en train de mettre en place un mécanisme de suivi de l'action des députés juniors qui pourrait par exemple avoir pour conséquence l'élargissement du mandat à deux ans. On va réfléchir comment mettre en place un organe chargé de suivre auprès de l'Assemblée nationale et des membres du gouvernement la concrétisation des solutions qui ont été proposées par les ministres", a révélé Arsène Gaël Onana.

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