Mauritanie : Les défis du Président Mohamed Ould Ghazouani

Mauritanie : Les défis du Président Mohamed Ould Ghazouani

Par Mohamed Fall Oumeir *

NOUAKCHOTT (© 2019 Afriquinfos) – Les urnes ont donc livré leur verdict en Mauritanie. La victoire de Mohamed Ould Ghazouani, obtenue au terme campagne disputée, marque une étape essentielle du processus de consolidation démocratique entamé depuis une décennie. Cette élection présidentielle du 22 juin 2019 a valeur de symbole car notre jeune République a vécu sa première transition constitutionnelle.

Le mérite en revient au président Mohamed Ould Abdel Aziz, dont le mandat expire en août. En fermant la porte aux velléités de révision de la Constitution, en choisissant de désigner le candidat qu’il soutiendrait, en la personne de Mohamed Ould Ghazouani, le chef de l’État sortant a clairement signifié la primauté des institutions sur les intérêts partisans et les calculs personnels. Il a joué son rôle de gardien de la Constitution et a honoré ses promesses républicaines de 2008.

Exemplaire, ce scrutin présidentiel l’a été dans son déroulement comme dans son dénouement. Chacun des six candidats a pu faire valoir ses idées, défendre son programme et aller, sans entraves, à la rencontre de ses partisans. Les Mauritaniens ont exprimé sans équivoque leur attachement à la continuation des réformes, leur refus des logiques sectaires ou communautaires et de tout aventurisme. En Mohamed Ould Ghazouani, ils ont choisi la personnalité la plus apte à les rassembler et à les rassurer. Le président élu possède à la fois l’expérience de l’État et la maîtrise des sujets régaliens. Connu pour sa probité et son sens du dialogue, ses qualités sont celles qu’on attend d’un chef dans une démocratie apaisée.

Mohamed Ould Ghazouani s’appuiera sur le bilan et les réalisations de la décennie écoulée. Sous l’impulsion du président Mohamed Ould Abdel Aziz, la Mauritanie s’est transformée et s’est équipée en infrastructures. Elle a opéré de profondes réformes structurelles et a assaini son cadre macro-économique. Elle a renoué avec les bailleurs de fonds multilatéraux et s’est dotée d’une nouvelle monnaie. Le taux d’extrême pauvreté a été divisé par deux. Les industries extractives (fer, or, cuivre, et bientôt pétrole et gaz) ont connu un développement spectaculaire. La sécurité a été restaurée, la radicalisation endiguée, alors que la région s’embrasait. Notre pays, en tant que pilier du G5 Sahel, a apporté une contribution décisive, politique et militaire, à la stabilisation de l’espace sahélo-saharien et à la lutte antiterroriste. Trait d’union entre le Nord et le Sud du Sahara, la Mauritanie, en accueillant le 31ème sommet de l’Union Africaine à Nouakchott, les 1er et 2 juillet 2018, a retrouvé son rayonnement diplomatique et renoué avec sa vocation africaine.

L’ambition exprimée par le président nouvellement élu tout au long de la campagne est de s’appuyer sur ces acquis et sur les potentialités nouvelles pour franchir un nouveau cap. Mohamed Ould Ghazouani rêve d’une société harmonieuse et réconciliée, à même d’offrir les mêmes chances à chacun. Une société enracinée dans son identité mais riche de sa diversité constitutive, ouverte sur son environnement arabo-africain et sur le monde. Accélérer le processus d’émergence de la Mauritanie en lui donnant une tournure plus inclusive : ce sera à n’en point douter le grand défi du quinquennat qui débutera dans les prochaines semaines.

Les découvertes réalisées depuis une dizaine d’années dans les eaux territoriales ont permis de réévaluer dans des proportions considérables le potentiel pétrolier et gazier. L’entrée en production du champ offshore Grand Tortue – Ahmeyin, prévue entre 2020 et 2021, positionnera la Mauritanie comme un fournisseur majeur d’énergie et générera des revenus qui pourront être investis dans le développement d’autres secteurs, la diversification économique. La baisse du coût de l’énergie consommée nationalement permettra l’essor des industries de transformation. La stabilité et l’enracinement démocratique contribueront de leur côté à stimuler l’investissement étranger. Notre pays à toutes les chances et tous les atouts !

*Mohamed Fall Oumeir est éditorialiste, directeur de «La Tribune de Mauritanie»

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