Le G20 et l’Afrique

Le G20 et l’Afrique

Tribune de COBUS VAN STADEN

LE CAP – L’année n’a pas été facile pour le G20. Son sommet annuel réunit les dirigeants des principales puissances économiques de la planète à Buenos Aires, une ville qui se relève difficilement de l’effondrement de la monnaie argentine. Plus largement, ce sommet se tient alors que l’ordre multilatéral se fracture. Toutes les institutions et les idées, de l’OTAN au consensus sur le réchauffement climatique, semblent se fissurer.

Créé après la crise financière asiatique de 1997, le G20 se présente comme l’institution qui va résoudre les problèmes mondiaux ; il est apparu comme le principal forum pour répondre à la crise de 2008. Dix ans plus tard, une nouvelle crise mondiale apparaît, mais cette fois-ci sous la forme d’un conflit commercial qui gronde entre les USA et la Chine.

Comparé à 2008, la capacité du monde à prendre des décisions multilatérales diminue. L’UE doit faire face par ses propres conflits internes, tandis que sous la direction de Trump, les USA abandonnent le multilatéralisme et affaiblissent les institutions nécessaires pour résoudre des problèmes complexes tels que le chômage engendré par la robotisation. Par ailleurs, les effets du protectionnisme du gouvernement de Trump se font déjà sentir. L’Organisation mondiale du commerce a signalé récemment qu’en réaction aux barrières douanières américaines, les autres pays du G20 ont pris 40 nouvelles mesures qui touchent 481 milliards de dollars d’importations au niveau mondial, soit 6 fois plus que l’année précédente.

Pendant que les géants économiques de la planète se retirent du multilatéralisme, l’Afrique se déplace tranquillement dans la direction opposée. Les pays africains ont signé un et se sont engagés à approfondir leurs échanges transfrontaliers et l’intégration de leurs infrastructures dans le cadre de l’Union africaine, ainsi que l’indique son Agenda 2063.

Bien qu’elle adopte le multilatéralisme, l’Afrique doit se battre pour attirer l’attention du G20. L’Afrique du Sud est le seul pays du continent présent dans cette institution, et elle est toujours sur la corde raide pour parler au nom du continent sans imposer son point de vue à ses voisins. Il est vrai que l’Union africaine et le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique sont présents aux sommets du G20, mais les pays à la tête de la présidence tournante de chacune de ces deux institutions ne sont pas toujours à même de défendre avec toute l’énergie nécessaire les intérêts du continent.

Ce problème est d’autant plus grave que les interactions entre le G20 et l’Afrique sont limitées. Plutôt que d’inclure cette dernière dans des échanges de grande ampleur sur l’architecture du commerce mondial, le réchauffement climatique et l’avenir du travail, le G20 limite essentiellement son engagement à l’égard du continent à des questions de développement.

Il est vrai que le manque criant d’infrastructures en Afrique, la lenteur de son intégration régionale et son chômage élevé tiennent au sous-développement. Il ne faut donc pas ignorer son développement, mais ce ne doit pas être le seul sujet de discussions. Quand à son égard se limite au développement, on réduit l’Afrique à un ensemble de problèmes qu’il appartient à des acteurs extérieurs de résoudre. Cette tendance l’empêche d’être membre à part entière de la communauté internationale. Or si un convive est absent de la table, c’est qu’il figure probablement au menu.

Pour l’heure, la plupart des engagements du G20 à l’égard de l’Afrique se situent dans le cadre de son Groupe de travail sur le développement qui s’intéresse essentiellement aux bases de la lutte contre le sous-développement, telle l’éradication de la pauvreté, mais laisse de coté des questions essentielles comme l’exclusion structurelle de l’Afrique des marchés mondiaux – due en grande partie aux subventions des pays du G20 en faveur de leur propre agriculture. Autrement dit l’Afrique n’a pas son mot à dire sur de nombreuses questions qui touchent au développement, notamment les infrastructures, l’économie numérique et le système bancaire mondial.

Cette iniquité n’affecte pas seulement l’Afrique, elle présente un risque pour le G20 lui-même. La croissance démographique du continent est telle qu’il va peser de plus en plus lourd dans l’économie mondiale. En 2050, le Nigéria sera le 3° pays le plus peuplé de la planète et en 2100 plus de 30% des habitants de la planète seront des Africains. Dans ces conditions, le G20 devrait donner une place de choix à l’Afrique dans ses décisions touchant à l’avenir. Il n’est plus possible de la considérer exclusivement comme un ensemble de problèmes liés au développement.

A son crédit, depuis quelques années le G20 accorde davantage d’attention à l’Afrique. En 2016, sous la présidence chinoise, il a fait de son industrialisation une priorité, et en 2017, sous la présidence allemande, il a lancé un partenariat, le Compact avec l’Afrique. Pour sa part, l’Argentine n’a pas pris d’initiative, mais elle cherche à améliorer la coopération avec le continent grâce aux contacts entre les peuples.

Le Compact avec l’Afrique doit faciliter les réformes économiques à travers le continent et permettre d’attirer des investissements des fonds privés du Nord. Les dirigeants africains ont bien accueilli le Compact, néanmoins il tend lui aussi à limiter l’engagement avec l’Afrique aux questions de développement.

L’agenda du G20 devrait accorder un rôle plus important à l’Afrique. Le réchauffement climatique et les migrations transnationales l’affectent plus que les autres continents. Mais elle ne pourra faire face à ces défis si le système commercial mondial est inéquitable à son égard.

Ces sujets sont à l’ordre du jour à Buenos Aires, mais le point de vue africain est insuffisamment présent lors des discussions. Cela doit changer, le G20 doit être plus représentatif et plus efficace dans son engagement à l’égard du reste du monde ! Notre avenir à tous en dépend.

Laisser un commentaire