Kenya : attente du verdict de la Cour suprême sur l’homosexualité

Nairobi (© 2019 Afriquinfos)- En septembre 2018, le film kenyan « Rafiki » sur une histoire d’amour entre deux femmes été finalement autorisé à la projection, après avoir été interdit dans un premier temps.

La Cour suprême du Kenya va se prononcer sur la levée d’un texte de loi qui remonte à l’ère coloniale et qui criminalise l’homosexualité. La décision est très attendue, au Kenya, bien sûr, mais aussi dans les autres pays d’Afrique.

Deux articles du code pénal kenyan criminalisent l’homosexualité. Une personne reconnue coupable d’aimer quelqu’un du même sexe encourt de cinq à 14 ans de prison, selon l’infraction, d’ »expérience sexuelle contre-nature » à « pratiques indécentes entre mâles ».

Les peines entrent en contradiction avec les droits fondamentaux reconnus par la constitution de 2010.

Basée à Nairobi, la capitale kenyane, l’Eglise CAC, l’Eglise d’affirmation cosmopolite (CAC) est l’un des rares endroits au Kenya où la communauté LGBT peut se retrouver sans crainte.

David Ochara le pasteur de cette église explique pourquoi il appelle ses fidèles à prier jusqu’au verdict de la Cour suprême

« Ces textes nous apportent plein de problèmes » (Brian Macharia)

« Nous sommes une église ouverte pour tous ceux qui ne se sentent pas inclus ou pas bienvenus dans leur environnement. Nous leur disons : dieu vous aime pour ce que vous êtes. »

Brian Macharia, porte-parole de la Coalition des gays et lesbiennes du Kenya (GALCK), fait partie de ceux qui ont lancé la pétition pour faire retirer les dispositions anti-homosexualité du code pénal.

« Ces textes nous apportent plein de problèmes. A cause d’eux, les personnes LGBT ne peuvent pas profiter de leur liberté d’association, pourtant garantie par la constitution. »

Et c’est ce qu’attaquent les associations de défense des droits de l’Homme : la loi ne doit pas se retourner contre les citoyens du pays, les exposer à des violences voire des persécutions, donc les paragraphes incriminés sont anticonstitutionnels selon eux.

D‘après Caroline Tagny, coordinatrice Afrique de l’Ouest et Afrique centrale de la Coalition CAL pour les droits des lesbiennes d’Afrique, basée à Johannesburg, « quand on étudie l’Afrique précoloniale, on se rend compte que l’homosexualité a toujours fait partie de nos cultures. C’est l’arrivée des colons, des Français, des Britanniques, et des religions issues du colonialisme, comme la chrétienté ou l’islam, qui ont introduit une criminalisation de l’homosexualité dans le continent. »

Les espoirs sont grands dans un pays où le toucher rectal, par la police, pour vérifier l’homosexualité soupçonnée de certains hommes, a été interdit en mars dernier.

D’où l’importance de l’avis rendu par la Cour suprême du Kenya. Celui-ci pourrait faire des émules sur le continent, où l’homophobie reste très virulente.

Une trentaine d’Etats africains considèrent toujours l’homosexualité illégale. En Mauritanie, au Soudan, dans le sud de la Somalie et dans le nord du Nigeria, elle est même passible de la peine de mort, au nom de la charia.

Le Tchad et l’Ouganda ont renforcé récemment la répression de l’homosexualité.

En revanche, l’Angola, le Mozambique et les Seychelles ont abandonné leurs lois anti-gays ces dernières années. Et l’Afrique du Sud, elle, autorise le mariage homosexuel.

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