Education: Les MOOC ont-ils tenu leurs promesses pour l’Afrique?

PARIS (© 2019 Afriquinfos) – Ces «cours en ligne ouverts et massifs» ou Massive Open Online Course promettaient tous, il y a quelques années, une révolution éducative, un nouvel accès au savoir, une libération de l’enseignement et un outil de lutte contre les inégalités…

 

L’image publicitaire emblématique du MOOC représentait un jeune africain souriant au milieu d’un paysage désertique, une tablette à la main. Ce visuel le propulsait dans le monde des savoirs qui devenait accessible à tous … pourvu qu’il ait l’électricité ! Nous étions dans les années 2008-2010, nous étions en plein essor médiatique de la «révolution des MOOC», mais qu’en est -il aujourd’hui, la révolution a-t-elle eu lieu ?

Les MOOC se sont organisés au cours des années, ils se sont structurés autour des quatre composantes que sont les leçons vidéo, les exercices d’apprentissage, les évaluations, et enfin les échanges sur des forums de discussions entre étudiants. Les MOOC avaient vocation à être totalement gratuits, ouverts, universels et leur premier objectif était de pallier les insuffisances de nombreux systèmes universitaires défaillants. Ils devaient donc être une alternative pour l’Afrique où seulement 6% des jeunes en âge d’étudier sont inscrits dans un établissement universitaire.

Les exemples démontrant leur utilité ne manquent pas : l’université Cheikh Anta Diop de Dakar qui accueille 80.000 apprenants pour une limite de 50.000 est totalement saturée et ne peut gérer sa crise démographique. Dans de nombreuses capitales africaines, il n’y a plus assez d’établissements publics pour recevoir les nouveaux bacheliers annuels car le problème des infrastructures n’a pas été résolu. Tous les ans, l’Etat du Sénégal est obligé d’intégrer certaines universités privées dans sa liste d’établissements d’accueil des étudiants. Enfin, un autre problème majeur est l’exil des professeurs, ceux-ci préférant souvent s’installer à l’étranger.

Face à cette surchauffe, la réussite des cours en ligne n’est plus à démontrer. Pour ne citer qu’elle, l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), ayant constaté la forte affluence des étudiants africains, s’est inscrite dans une dynamique pour atteindre les 100.000 inscriptions à ses cours. L’exemple de l’Université virtuelle du Sénégal (UVS) est éloquent. Créée en 2013 avec une première promotion de 2.000 étudiants, elle en compte aujourd’hui plus de 15.000. Un autre modèle purement africain qui intègre des MOOCs dans son enseignement tout en proposant des diplômes reconnus a vu le jour à Kigali, avec le «programme Kepler» qui permet aujourd’hui à 90% de ses étudiants de trouver un emploi dans les 6 mois suivant leur diplôme.

Les MOOC, d’une génération à une autre

La seconde vague de MOOC s’est développée à partir des années 2012-2014 et les stratégies des plateformes numériques ont progressivement évolué, mais pas toujours dans le bon sens.

 Des services supplémentaires, autour du cours, ont été proposés aux étudiants et si les enseignements restent gratuits, pléthore de certificats, d’attestations et autres divers services se révèlent payants. Ces enseignements et leur modèle pédagogique n’ont pas toujours été adaptés aux pays du Sud. Étant principalement issus des pays du Nord, la forme et les contenus des MOOC ne répondent pas toujours aux besoins locaux et aux attentes des étudiants du continent. L’approche contextuelle systématique qui devrait permettre une optimisation des enseignements est loin d’être la règle.

Les MOOC ne sont pas non plus toujours faciles à trouver et leur qualité laisse à désirer : budgets à minima, mauvaise qualité de l’image, présentation trop académique… Enfin, demeurent les problèmes logistiques que sont l’accès à l’électricité et les équipements en terminaux numériques pour accéder aux MOOC. Là encore, même si le téléphone portable ou les tablettes sont largement utilisés et permettent l’expansion des MOOC, la combine pour pallier les insuffisances des bandes passantes est souvent de mise. Pratiques séquentielles d’utilisation des plateformes, téléchargement de nuit, transformation des vidéos en format PDF… Avec le recul on peut donc affirmer que la révolution des MOOC a bien eu lieu mais qu’il reste encore beaucoup à faire pour les rendre parfaitement compatibles avec les attentes de tous les étudiants africains…

 

Fati Cissé

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