Burundi : où en est la justice 10 ans après le meurtre de l’activiste Ernest Manirumva ?

Burundi : où en est la justice 10 ans après le meurtre de l’activiste Ernest Manirumva ?

Bujumbura (© 2019 Afriquinfos)-  Une dizaine d’années après son assassinat, le gouvernement du Burundi n’a toujours pas rendu justice pour le meurtre d’Ernest Manirumva, un activiste anti-corruption burundais. Ce meurtre a préfiguré un environnement de plus en plus dangereux pour les activistes au Burundi. Depuis le meurtre d’Ernest Manirumva, des défenseurs des droits humains, des journalistes, des opposants politiques et des personnes jugées critiques à l’égard du parti au pouvoir ont été menacés, intimidés, arrêtés et attaqués.

Le 9 avril 2009, des agresseurs ont attaqué le domicile d’Ernest Manirumva et l’ont poignardé à mort. Des dossiers ont été éparpillés sur le sol et des documents auraient été emportés.

Ernest Manirumva, éminent économiste, menait des enquêtes sur des allégations de corruption policière de grande ampleur et sur des achats illégaux d’armes à feu, entre autres, lorsqu’il a été tué. Ernest Manirumva était vice-président du groupe burundais Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME).

Depuis janvier 2009, il était aussi vice-président d’un organisme officiel en charge de réguler les marchés publics. Son décès a propagé une onde de choc dans la société civile burundaise.

« Le travail d’Ernest Manirumva menaçait les intérêts des responsables et des hommes d’affaires corrompus », a expliqué Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Une décennie plus tard, la vie et la mort d’Ernest Manirumva rappellent âprement les risques encourus par les activistes au Burundi et l’incapacité des tribunaux à garantir la justice et mettre fin à l’impunité des hauts responsables. »

Procès conclu en trois jours

Le procès des personnes accusées de l’enlèvement et du meurtre d’Ernest Manirumva, qui s’est conclu en trois jours seulement en mai 2012, n’a pas permis de tenir pour responsables des membres haut placés de la police et des services de sécurité suspectés d’être impliqués. Le tribunal a condamné 14 personnes à des peines allant de 10 ans de prison à la réclusion à perpétuité, mais le procureur a ignoré des indices importants et les recommandations d’une commission d’enquête burundaise et du Federal Bureau of Investigation (FBI) américain.

Après le décès d’Ernest Manirumva, des activistes ont fait campagne avec le slogan « Justice pour Ernest Manirumva ». Une partie civile (représentant la famille de la victime et OLUCOME) a documenté des irrégularités ainsi que des violations de la loi burundaise pendant le procès et a fait appel auprès de la Cour suprême le 11 juin 2013. Un avocat travaillant sur l’affaire a expliqué à Human Rights Watch qu’aucune décision n’a été rendue à ce jour.

Subissant une forte pression, les tribunaux ont politisé la loi et appliqué des procédures contestables pour faire taire et arrêter des membres d’organisations non gouvernementales. Les poursuites judiciaires ont augmenté au début de l’année 2014, avant les élections de 2015, qui ont débouché sur la réélection du président Pierre Nkurunziza pour un troisième mandat controversé. Depuis lors, de nombreux éminents défenseurs des droits humains et journalistes indépendants burundais ont fui le pays pour leur sécurité.Innocente Nice

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