« Avec un Erasmus africain, nous pourrions unir la jeunesse autour d’un même projet »

Pour l’ancien premier ministre nigérien Ibrahim Assane Mayaki, il est nécessaire d’encourager la mobilité étudiante entre les pays du continent.

Nelson Mandela disait que « l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde ». Cette citation s’applique sans nul doute en premier lieu à l’Afrique. Au-delà des constats habituels sur l’absolue nécessité d’éduquer la jeunesse africaine, domaine dans lequel il nous reste d’immenses progrès à accomplir, je voudrais proposer ici une idée qui permettrait d’enraciner encore plus durablement le projet panafricain, tout en renforçant les opportunités d’emploi pour notre jeunesse : la création d’un programme d’échange étudiant au niveau du continent. Je crois que les effets positifs d’une telle initiative seraient innombrables.

Erasmus, le programme dont l’Afrique pourrait s’inspirer, a été mis en œuvre en Europe il y a un peu plus de trente ans. Le dispositif a permis à plus de 5 millions d’étudiants européens d’étudier durant six mois ou un an dans un autre pays de l’Union européenne (UE). Nommé ainsi en hommage à Erasme, l’une des plus grandes figures intellectuelles européennes, le programme est passé de 11 à 33 pays et s’adresse désormais aussi aux élèves du primaire et du secondaire, aux lycées professionnels et même aux demandeurs d’emplois. L’UE a même déjà commencé à orienter ce programme vers l’Afrique avec l’aide de la France. Le projet vise avant tout à favoriser la mobilité étudiante entre la France et l’Afrique, mais comporte un premier volet d’aide à la coopération régionale intra-Afrique. Il me semble que ce type d’initiative devrait aussi, et même avant tout, émaner de notre continent.

Manque d’attractivité des universités

Contrairement à une idée reçue, les étudiants africains sont déjà les champions de la mobilité. Selon les statistiques de l’Unesco de 2015, l’Afrique subsaharienne a même un taux de mobilité diplômante deux fois supérieur à la moyenne mondiale. Avec 432 589 étudiants africains en mobilité internationale dans le cadre d’études diplômantes, l’Afrique représentait même 10 % de la mobilité étudiante en 2015. Malgré une diversification accrue des destinations, la France, les Etats-Unis et l’Afrique du Sud absorbent toujours près de 40 % des étudiants africains. Seul bémol : seulement un étudiant africain sur cinq en mobilité internationale en 2015 partait étudier dans une autre université africaine. Une proportion trop faible, bien qu’en hausse, qui illustre le manque d’attractivité des universités africaines pour les Africains eux-mêmes.

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