Art contemporain africain : Un marché en plein essor

PARIS (© 2019 Afriquinfos) – L’art africain reste encore associé, pour certains, aux masques et aux statues mis en valeur et censément «redécouverts» par les avant-gardistes du XXe siècle occidental. Mais entre-temps, les modes ont changé et l’art africain est lui-même entré dans la post-modernité par la grande porte.

 

Outre les William Kentridge, Marlene Dumas, Julie Mehretu, Chéri Samba et Wangechi Mutu, d’innombrables talents émergent sans faire de bruit. Si leur langage esthétique est au diapason de ce qui se fait ailleurs sur la scène internationale, ce n’est pas un défaut, mais bien une preuve que l’art africain ne peut pas se laisser enfermer dans des clichés datés, et qu’il connaît une évolution constante au rythme du reste du monde. Après la décennie qui a vu l’art asiatique contemporain prendre d’assaut les galeries de toute la planète, nous entrons dans une période faste pour l’art africain. Mais au-delà des œuvres faites pour un public occidental, avec des codes et des répertoires parlant directement à celui-ci, y a-t-il pour l’instant une place réelle pour les artistes capables de mêler un répertoire classique national à une esthétique moderne ? Et quelle en serait la réception hors des frontières du continent ?

La question se pose d’autant plus que c’est encore majoritairement hors d’Afrique que se réalisent les ventes et les expositions les plus remarquées. Sans doute l’absence d’une masse suffisante de commissaires-priseurs, de commissaires d’expositions, de marchands d’art, de galeries, peut-elle expliquer cet état des choses ? Et de fait, le cœur du marché de l’art africain bat pour l’instant beaucoup plus à New York, Londres, Paris ou Dubaï. Mais les prémices d’un marché en pleine expansion sont déjà là.

Si les acheteurs sont pour l’instant en majorité des collectionneurs africains, Marocains, Nigérians, Sud-Africains, cela n’a rien d’illogique, puisque ce sont trois pays qui comptent parmi le plus grand nombre de millionnaires. L’acquisition d’œuvres africaines par des collectionneurs du même continent est une étape normale de leur popularisation et de leur valorisation dans le reste du monde.

D’ailleurs, on observe déjà une «relocalisation» des galeries d’art contemporain africain en Afrique même : en 2013, la «Fondation Zinsou» ouvrait un musée à Ouidah au Bénin. En 2017, un autre musée, le «Zeitz», ouvrait en Afrique du Sud à Cape Town. La transition entre un art contemporain d’origine africaine, et un art africain d’esthétique contemporaine, entre des œuvres créées par des artistes africains selon des canons internationaux, au développement d’un marché de l’art contemporain puisant ses racines en Afrique, est assurément une des tendances les plus fascinantes du moment.

 

Providence A. Kasongo

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