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Mali : les soupçons de fraude électorale soulevés à Gao

Mali : les soupçons de fraude électorale soulevés à Gao

Gao (© 2018 Afriquinfos)- « On a bourré les urnes dans les zones nomades, pour le candidat du pouvoir ». Dans le nord du Mali, les soupçons de fraude électorale attisent les tensions ethniques.

« Quand dans un village, il y a 5.000 personnes mais 6.000 qui votent… c’est du bourrage, c’est trop! », tempête cet homme de 45 ans, observateur électoral à Gao lors du premier tour le 29 juillet, dont le président sortant Ibrahim Boubacar Keïta, est sorti largement en tête, loin devant le chef de l’opposition, Soumaïla Cissé : Ces allégations sont sur toutes les lèvres des partisans de l’opposition depuis la proclamation des résultats officiels provisoires par le ministère de l’Administration territoriale, jeudi soir, mais sont difficiles à prouver.

Selon une source proche du ministère, resté sourd aux demandes répétées de l’opposition et des observateurs internationaux au nom de l’exigence de « transparence », le gouvernement les a annoncés à l’échelle nationale, mais n’a « pas du tout l’intention de les publier en détail, bureau par bureau ».

Les « peaux claires » auraient « bourré les urnes » au profit du président, surnommé « IBK », donné grand favori du second tour le 12 août.

En mars, les autorités avaient imposé un couvre-feu d’une semaine à Gao, la plus grande ville du Nord, à la suite d’affrontements mortels entre communautés songhaï et arabe.

Dans cette région, où l’Etat est peu ou pas présent, les groupes armés signataires de l’accord de paix de 2015, principalement touareg, ont participé à la sécurisation du vote. Plusieurs habitants de Gao accusent le parti présidentiel d’en avoir profité pour pactiser avec eux afin de truquer le scrutin.

« On entend ça partout en ville », confirme un responsable de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma), sous couvert de l’anonymat, sans pouvoir confirmer pour autant qu’il y a bien eu fraude.

« C’est une fraude totale! », lance plus loin Mohammed Touré, en train de prendre le thé avec des amis.

« Dans une commune, ils ont eu 9.772 voix pour IBK et seulement une pour Cissé… mais ils ont 9.000 inscrits! », affirme cet entrepreneur de 31 ans, qui dit tenir ces informations de gens sur place, alors que la participation au niveau national a été officiellement de 43,06%.

Si Gao, aux portes du désert, a été étonnamment calme lors du scrutin, à travers le pays ce sont plus de 700 bureaux de vote, essentiellement dans les zones rurales du centre, sur quelque 23.000, qui n’ont pas pu ouvrir en raison d’incidents violents.

« C’est dans les zones où il n’y a pas de sécurité qu’on entend qu’IBK a volé. Là-bas, les chefs de bureau ont pris les urnes et les ont remplies pour IBK », affirme Abdoulmajid Agagrossi, 23 ans, à un autre arrêt de la patrouille des policiers de l’ONU.

Cinq ans après l’intervention française qui a chassé les jihadistes du Nord, où ils avaient instauré la charia, les habitants de Gao rencontrés par l’AFP, pro-IBK ou pro-Cissé, s’accordent sur une chose: les violences doivent cesser.

AFP