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Burundi/La tenue du referendum de mai 2018 compromet la réconciliation inter-burundaise devant une CAE impuissante

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KIGALI (© 2018 Afriquinfos) – Le pouvoir burundais file droit vers l’organisation du prochain referendum au Burundi, malgré les efforts de mobilisation de l’opposition de cet Etat pour crier haro sur ce processus électoral. En vain, pour l’heure.

 

Bientôt les références à l’Accord d’Arusha (signé en août 2000) qui fondait jusqu’ici l’organisation du vivre ensemble politique au Burundi après la décennie 90-2000 de sanglants et meurtriers affrontements ne relèveront que du passé.

La tenue d’un referendum constitutionnel (vertement critiquée par l’opposition burundaise) devrait acter cette mutation constitutionnelle. Programmé sur le 17 mai 2018, «le texte référendaire sera adopté si la majorité absolue des suffrages exprimés est atteinte, soit 51 % des voix», avait averti le 18 mars dernier la Présidence burundaise. Dans l’actuel contexte politique burundais, difficile de ne pas imaginer le pouvoir de Bujumbura atteindre cet objectif. La nouvelle Constitution devrait ouvrir la voie à un long mandat à l’actuel pouvoir. Elle introduit deux principales innovations. Le mandat présidentiel «passe de 5 à 7 ans et il est renouvelable» d’une part. D’autre part, «toute référence à l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi est gommée». La Constitution en vigueur en ce moment dans ce pays de la région des Grands lacs relève du consensus d’Arusha et limite à deux les mandats présidentiels consécutifs (de 5 ans chacun).

Une nouvelle donne qui renforce l’opposition des opposants burundais à ce projet. Cette opposition est regroupée au sein de CNARED (Conseil national pour le respect de l’Accord d’Arusha). Elle vient de lancer un cri du cœur aux «Chefs d’Etat de la Communauté Est-Africaine (CAE) et aux parrains de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation afin qu’ils dissuadent avec fermeté Monsieur Pierre Nkurunziza de son projet de référendum». Ces adversaires politiques du déterminé Nkurunziza insistent tout singulièrement que ces Présidents de la CAE «dissuadent avec fermeté Monsieur Pierre Nkurunziza de son projet de référendum, macabre et porteur de tous les dangers, qui constituera un échec de toute la Communauté Est-Africaine et spécialement de ses Chefs d’Etats, mais aussi de la communauté internationale».

Rejetant d’ores et déjà les résultats de ce scrutin référendaire, le CNARED estime que «Pierre Nkurunziza va franchir la ligne rouge, et déclarer la guerre au peuple burundais» via ce scrutin car «l’abrogation de l’actuelle Constitution va casser de ce fait le socle de la paix et de la réconciliation au Burundi, lui permettre de briguer des mandats à l’infini et donner un coup d’arrêt définitif au processus de négociations inclusives».

Les acteurs politiques burundais sont en attente des résultats du dialogue extérieur conduit par la CAE, sous l’égide du facilitateur Benjamin Mkapa. Après le referendum, le pouvoir burundais compte tenir des élections générales en 2020.

 

 Par Xavier Gilles