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L’UA et les États-Unis tournent la page de la polémique sur les « pays de merde »

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Rex Tillerson, (DR, photo, le Journal africa

Addis-Abeba (© 2018 Afriquinfos) –Le secrétaire d’État américain Rex Tillerson a rencontré jeudi à Addis Abeba le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Moussa Faki, qui a appelé à tourner la page sur les propos attribués au président américain Donald Trump sur les « pays de merde ».

Au cours d’une rencontre d’une heure au siège de l’UA dans la capitale éthiopienne, MM. Tillerson et Faki ont discuté de contre-terrorisme, sécurité, commerce, développement, corruption et conflits.

La visite de M. Tillerson s’inscrivait dans le contexte de la polémique sur les « pays de merde ». Donald Trump aurait utilisé cette expression pour qualifier Haïti et des pays africains lors d’une réunion à huis clos mi-janvier, selon plusieurs médias et un sénateur qui y a participé.

Cette déclaration avait suscité un énorme tollé en Afrique, d’autant que M. Trump s’était ensuite défendu dans une formule alambiquée, reconnaissant uniquement avoir utilisé un langage « dur » mais pas ces mots précis.

Mais M. Faki a assuré que cette polémique faisait désormais partie du passé. « J’ai reçu une lettre du président Trump qui m’était adressée et j’en ai parlé à d’autres dirigeants africains. Je crois que cet incident appartient au passé », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse conjointe.

Cette première tournée africaine de M. Tillerson, qui doit se rendre vendredi à Djibouti et au Kenya, puis la semaine prochaine au Tchad et au Nigeria, autant d’alliés des États-Unis dans la lutte contre l’extrémisme islamiste, a été décrite par les analystes comme un « voyage d’écoute », qui ne devrait pas comporter d’annonce majeure.

« L’objectif de ma visite est d’écouter quelles sont les priorités des pays du continent et de voir où il y a des convergences » avec les positions américaines, a confirmé le secrétaire d’État à l’issue de sa rencontre avec M. Faki.

Priorité à la sécurité

Pour les observateurs, le choix des pays visités par M. Tillerson est le reflet de la volonté des États-Unis de se concentrer avant tout en Afrique sur les questions de sécurité.

Avec M. Faki, il a évoqué le soutien américain aux forces antiterroristes africaines déployées au Sahel ou en Somalie – pays dans lequel les États-Unis ont multiplié les opérations ces derniers mois -, mais aucun nouvel engagement concret n’a été annoncé.

  1. Tillerson a estimé que la Mission de l’UA en Somalie (Amisom) était « clairement un exemple de (plusieurs) pays se rassemblant pour contrer le terrorisme, promouvoir la stabilité et permettre de fournir une aide absolument indispensable ».

« Nous n’avons pas encore gagné la bataille en Somalie et nous devons continuer le combat », a-t-il ajouté.

Le déplacement du secrétaire d’État a aussi pour objet de contrer la perception que le continent est loin d’être une priorité pour l’administration Trump.

Il a assuré que sa visite était « une indication de l’importance que le continent tient dans l’avenir des États-Unis, tant du point de vue de la sécurité que de l’économie ».

A cet égard, il a mis en garde les pays africains contre le risque de dépendance aux investissements chinois, même si les États-Unis « ne tentent en aucune façon de garder hors d’Afrique les dollars investis par la Chine »

M. Tillerson a appelé les pays africains à « considérer les termes de ces investissements », sans quoi ils risquent de « perdre leur souveraineté ».

Xavier-Gille CARDOZZO