Gambie: La justice post Jammeh met le pouvoir Barrow à rude épreuve

Gambie: La justice post Jammeh met le pouvoir Barrow à rude épreuve

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Banjul (© Afriquinfos 2017) – La Gambian Bar Association, l’association des avocats du barreau, est remontée contre le renouvellement de contrat de quatre (04) juges nigérians à la Haute cour de justice. Une décision jugée insupportable par les frondeurs qui  estiment que ces juges officiaient déjà sous l’ancien dictateur Yahya Jammeh.

 

Nommer plus de juges gambiens dans les différents tribunaux. C’est l’une des promesses  du nouveau président Barrow et d’Aboubacar Tambadou, son ministre de la Justice. La  promesse était destinée à  mettre fin à la pratique de l’ancien président Yahya Jammeh qui recrutait des juges étrangers qui étaient sous ses ordres. Sur les six juges qui siègent à la Haute Cour de Banjul aujourd’hui, seuls deux sont Gambiens !! Les autres sont Nigérians. Selon Rachel Mendy, la présidente de l’association des avocats, le problème n’est pas tant leur nationalité, mais surtout leur passé.

«Nous estimons que ce ne sont pas les personnes adéquates pour être juges. Nous les connaissons bien, certains sont incompétents; certains à l’époque, faisaient tout ce que leur demandait Yahya Jammeh. Et nous pensons qu’il faut des juges intègres, pour qu’ils soient indépendants du système judiciaire, en Gambie», a-t-elle souligné.

Des causes évidentes de la grogne

La présidente de l’association des avocats est visiblement  outrée. Car, elle ne comprend pas pourquoi  la proposition des juges gambiens de son association n’ait pas été prise en compte. «Nous ne sommes pas contre des juges étrangers, uniquement s’ils sont nommés par leur gouvernement grâce au principe d’assistance technique. Notre association a mis en place un Comité pour proposer des candidats gambiens, pour qu’ils deviennent juges, et nous avons fait une liste de recommandations. Donc, nous ne comprenons pas pourquoi cela n’a pas été pris en considération», s’est insurgée Rachel Mendy. Pour manifester leur mécontentement, les avocats menacent de boycotter les procès de ces quatre juges s’ils sont maintenus en fonction. Cependant, le président de la Cour suprême n’a pas souhaité s’exprimer sur ces nominations.

Procès au ralenti

A Banjul la capitale, pour la quatrième fois, neuf anciens agents des services de renseignements (NIA) de l’ancien dictateur Yahya Jammeh sont toujours devant la justice. Arrêtés mi-février, ils sont poursuivis par le nouveau pouvoir pour le meurtre de l’opposant politique Solo Sandeng, mort en détention en avril 2016. Un procès qui est symbolique aux yeux des Gambiens pour  avoir vécu sous la terreur de cette institution pendant plus de 20 ans.

Or, ce procès n’arrive pas à démarrer. La justice ne disposerait pas de preuves suffisantes.  Conséquence, la juge a déjà prononcé trois renvois. Une situation qui traduit les difficultés à mettre en place une justice post-Jammeh. Les avocats de l’Etat gambien essayent de gagner du temps. Puisque le dossier s’est  retrouvé un petit peu trop vite  devant la haute cour de Justice de Banjul. Le ministère de la Justice l’a reconnu et a expliqué ne pas avoir été informé de l’arrestation de ces suspects par le ministère de l’Intérieur et la Police. Ces derniers se dédouanent en faisant savoir qu’ils ont été obligés de procéder à ces interpellations rapides pour éviter la fuite des neuf anciens agents. Il appartient donc aux  avocats de l’Etat de vite produire des preuves. Mais,  il y a un blocus.

Et c’est le  manque de personnel qualifié. En début du mois, le corps de Solo Sandeng a été exhumé, mais aucun expert gambien n’est capable d’identifier les causes de sa mort. Selon la presse gambienne, un expert pourrait venir de la France. En attendant, les neuf (09) suspects sont toujours en détention. Leur situation est embarrassante pour la Justice gambienne. Le ministère de la Justice a fait savoir qu’il ne se saisira plus d’aucun dossier criminel sans que de vraies investigations aient été menées au préalable.

 

Komlan Awukudzogbede & Anani Galley