Cinéma : Polémique autour du film «Exodus», la diffusion interdite dans certains...

Cinéma : Polémique autour du film «Exodus», la diffusion interdite dans certains pays

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Sorti le 24 décembre en France, le film «Exodus» fait polémique dans le monde arabe. Pour cause, ces pays lui reprochent des « imprécisions historiques et religieuses». « Exodus » raconte la célèbre histoire biblique de l'Exode des Hébreux d'Egypte menés par Moïse. Cependant, le cinéaste a apporté sa touche d’inspiration à l’histoire originale, un fait qui déplait fortement aux leaders religieux du monde arabe. Pour toute riposte, ils interdisent la diffusion du film.

Pour les autorités censurant cette œuvre, l'histoire racontée dans ce long métrage contredit celle de la Bible.  Par conséquent, ces derniers estiment qu’elle a été falsifiée. «Nous avons des réserves sur le film parce qu'il contient des erreurs religieuses et historiques », se justifie Juma Obaid al-Leem, directeur au National Media Council, autorité chargée d'approuver la sortie des films aux Emirats.

 Pour ce responsable emirati, « le film montre que Moïse n'est pas un prophète mais seulement un prédicateur de la paix », ce qui selon lui est intolérable.

Le directeur soutient que le film de Ridley Scott dans lequel Christian Bale joue le rôle de Moïse défiant le pharaon Ramsès ne sera pas diffusé aux Emirats parce qu'il « personnifie des prophètes et Dieu». «Nous ne permettons pas la distorsion des religions. Lorsqu'il s'agit de films religieux ou historiques, nous faisons attention au récit qui doit être correct et prenons soin de ne pas heurter les sentiments des autres »,a-t-il expliqué aux confrères de l’AFP. 

Une explication qui rejoint celle  du Centre cinématographique marocain (CCM),  qui justifie l’interdiction du film par le fait qu’il contienne une scène de «représentation de Dieu » matérialisée par un « enfant qui donne la révélation au prophète Moïse ».

Pour François Burgat, directeur de recherche au CNRS« L’interdiction de la représentation de toute figure humaine et plus encore de celle Dieu est une constante musulmane, plus rigoureuse toutefois dans la tradition sunnite puisque les Chiites représentent très naturellement le prophète Mohammed et son gendre Ali ».

Dans le film Exodus, l’enfant qui transmet la révélation ne se revendique pas explicitement d’un statut divin, ce qui laisse place à une certaine ambivalence, note t il.

Selon lui, la spécificité politique du Maroc est que la compétition et donc parfois la surenchère de ceux qui veulent capter la légitimité religieuse se tient non pas seulement entre le pouvoir et l’opposition, comme cela est le cas dans nombre d’autres pays de la région, y compris en Égypte, mais entre les deux titulaires formels du pouvoir : le trône d’une part, maître après Dieu dans le royaume, et d’autre part, les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD).

La couleur des acteurs : un autre problème

Aux Etats-Unis, le film a été également décrié mais pour d'autres raisons : un appel au boycott a été lancé, en raison de l'absence d'acteurs de couleur parmi les premiers rôles d'un film censé se dérouler dans l'Egypte antique, les acteurs de couleur n'ayant été embauchés uniquement pour des seconds rôles: les rôles d'esclaves et de voleurs.

Face à cette critique, le réalisateur se défend. «L'Egypte était à cette époque, comme aujourd'hui d'ailleurs, un point de rencontre entre plusieurs cultures car c'était un carrefour géographique entre l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Europe. Nous avons embauché de grands acteurs d'origines ethniques différentes (iranienne, arabe, espagnole) afin de refléter la diversité de cette culture égyptienne», a-t-il affirmé.

Ce n’est pas la première fois qu’un film chrétien suscite des réactions de part et d’autre. En 2009, le film «Noé» a été largement critiqué également  pour des questions religieuses.

 Le filmExodus a nécessité un budget de près de 140 millions de dollars.

A. Lamy