Accueil Non classé Cameroun : Greenpeace accuse le projet américain d’huile de palme Herakles, de "pillage" du bois

Cameroun : Greenpeace accuse le projet américain d’huile de palme Herakles, de "pillage" du bois

Cameroun : Greenpeace accuse le projet américain d’huile de palme Herakles, de "pillage" du bois

Sous couvert d'une société-écran, Herakles Farms est mise en cause pour une opération en cours de commercialisation à destination de l'étranger de 57.600 mètres cubes de grumes de 65 espèces issues d'une partie des quelque 20.000 hectares de la superficie concédée par le pouvoir camerounais à cette entreprise américaine pour un bail temporaire de 25 ans pour son projet d'huile de palme.

"En janvier dernier, le ministre (des Forêts et de la Faune) Ngole Philip Ngwese a attribué un titre d'exploitation forestière (vente de coupe N. 11-02-10) portant sur 2.500 hectares à Uniprovince, une entreprise peu connue. La vente de coupe se situe à l'intérieur de la concession d'Herakles Farms, dans la zone où l'entreprise a conduit la plupart de ses activités d'exploitation forestière illégale, avant même la signature du décret présidentiel lui octroyant une concession forestière provisoire", souligne Greenpeace dans son rapport.

"Cette vente de coupe a été attribuée en violation flagrante de la législation forestière camerounaise. En effet, la loi précise que les ventes de coupe ne peuvent être octroyées que dans le cadre d'enchères publiques, ce qui n'a pas été le cas de celle accordée à Uniprovince", poursuit le document intitulé "Permis de piller — Les forêts du Cameroun et l'APV menacés par le commerce de bois illégal d'Herakles Farms".

Pour ce permis "illégal", Uniprovince bénéficie d'un autre traitement de faveur, qui lui permet de s'acquitter, au lieu de 43.000 francs en moyenne de montant officiel, d'une redevance forestière annuelle modique de 2.500 francs CFA l'hectare, soit un total de 6.250.000 francs dont 625.000 francs seulement à verser les communautés locales, déplore Irène Wabiwa, responsable de la campagne forêt de Greenpeace Afrique.

Pourtant, les 57.600 mètres cubes de bois en voie de commercialisation sont estimés à 3,5 milliards de francs CFA de valeur FOB. "Pour Greenpeace, il y a violation de la loi camerounaise en octroyant un permis de gré à gré à Uniprovince. Greenpeace demande que ce permis qui a été attribué de manière illégale soit annulé", exige Brendan Shwartz, autre responsable de Greenpeace, de nationalité américaine.

"Herakles, révèle-t-il, a commencé à défricher et à installer ses pépinières, au nombre de quatre, avant l'obtention du bail foncier. Entre 400 et 600 hectares ont été défrichés entre 2010 et 2013".

L'ONG, qui annonce avoir saisi la justice camerounaise contre les manœuvres d'Herakles Farms, s'inquiète d'une violation de l'accord de partenariat volontaire (APV) entre le Cameroun et l'Union européenne entré en vigueur en décembre 2011 et par lequel le pouvoir de Yaoundé s'est engagé à garantir la légalité de sa production de bois, quel que soit le marché de destination.

Au ministère des Forets et de la Faune à Yaoundé, l'on se défend en tentant de dégager la responsabilité du ministre Ngole Philip Ngwese, accusé par Greenpeace de "complicité" avec Herakles Farms.

"Dans le domaine forestier permanent, l'exploitation illégale est aujourd'hui réduite à néant. Le Cameroun exporte annuellement 2.300.000 millions de mètres cubes de bois. Depuis deux ans, aucune autorisation de récupération et d'enlèvement n'a été accordée. Allez à Memve'ele (localité du Sud où se réalise un projet de barrage hydroélectrique, NDLR), vous allez voir le bois pourrir en brousse", a réagi à Xinhua une source interne sous couvert d'anonymat.

Cette source reconnaît cependant que le projet américain d'exploitation d'huile de palme, que Greenpeace et des organisations de la société civile camerounaise ont tenté vainement de faire échouer le jugeant comme une menace pour la biodiversité et la survie des populations riveraines, est un véritable serpent de mer.

"C'est un dossier compliqué, avance-t-elle. Le ministre qui est accablé aujourd'hui mérite plutôt d'être félicité. Voyez-vous qu'on est parti de 73.000 hectares (initialement prévus pour la concession, NDLR) à moins de 20.000 hectares. Le ministre s'est mis à dos tout le monde. Il a été le premier à sonner le tocsin. Le ministère a collaboré avec Greenpeace pour essayer de surmonter cette situation".

Dans sa plainte adressée à la justice, Greenpeace exige des sanctions contre l'ensemble des personnes impliquées dans la transaction "illégale" d'Herakles Farms.