Home Afrique Centrale Ailleurs Zone CEMAC : Capital réévalué de la BDEAC à 1.200 milliards FCFA, réforme préconisée du système bancaire

Zone CEMAC : Capital réévalué de la BDEAC à 1.200 milliards FCFA, réforme préconisée du système bancaire

Zone CEMAC : Capital réévalué de la BDEAC à 1.200 milliards FCFA, réforme préconisée du système bancaire

Peu dotés en infrastructures de base telles les routes ou des ouvrages de production énergétique, les pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) tentent aujourd'hui de résorber le déficit en multipliant des opérations de mobilisation de ressources tant au plan interne à travers le recours au marché du trésor qu'externe auprès des institutions financières internationales.

Qu'il s'agisse du Cameroun, qui a ouvert le bal en 2010 en levant en un temps record 200 milliards de francs CFA d'emprunt obligataire, du Congo, du Gabon voire du Tchad, ces pays optent de plus en plus pour les émissions de titres publics qui, cependant, ne suffisent pas pour l'heure à combler les besoins de financement des économies de la région prises au piège d'un système bancaire peu favorable.

Dans son Plan stratégique 2013-2017, la BDEAC dont le siège se trouve à Brazzaville au Congo s'est engagée à poursuivre l' augmentation de son encours de projets porté de 150 milliards de francs CFA entre 2009 et 2010 à 500 milliards de 2011 à 2013, selon un bilan dressé par son dirigeant, Michael Adande.

"Nous avons fait comme un compte à rebours. Nous sommes partis des besoins du Plan stratégique de 950 milliards de francs et nous avons cherché à savoir quel est le niveau de capital qu'il nous faut pour pouvoir respecter les règles prudentielles qui sont désormais les normes. Et c'est pour ça que nous passons de 250 milliards à 1.200 milliards", a exposé celui-ci dans un entretien à Xinhua.

"Les 1.200 milliards, précise-t-il, ne sont pas à décaisser d' entrée en jeu. En principe, les règles de la banque veulent que ça soit 25% qui soient décaissés et les 75% restent un capital sujet à appels".

C'est une évolution qui entend évidemment tirer profit d'un contexte de cadres macroéconomiques stabilisés qui caractérise aujourd'hui les pays de la CEMAC.

A cela s'ajoute l'avantage pour eux, de l'avis de Daniel Ngassiki, secrétaire général de la Banque des Etats de l'Afrique centrale (BEAC), d'avoir des réserves de change à l'étranger, d' autant qu'"il se trouve qu'avec la France on a eu un accord particulier qu'il est difficile de trouver ailleurs. La rémunération est bien meilleure dans le cadre de cet accord, les avoirs sont garantis en DTS (droits de tirages spéciaux)".

C'est une réponse à la polémique suscitée par une mesure jugée absurde imposant aux 15 pays africains de la zone franc par le biais de leurs banques centrales dont la BEAC pour l'Afrique centrale de conserver dans un compte de dépôt spécial ouvert dans les cahiers du Trésor français à Paris, à hauteur de la moitié les ressources issues du commerce des biens de ces pays sur le marché international.

Pour Ngassiki, lors d'une conférence sous-régionale sur l' intégration économique en zone CEMAC les 27 et 28 février à Yaoundé, "notre union monétaire est assise sur une bonne fondation ".

Mais cette zone, avoue le responsable financier, fait face à un paradoxe notoire, résumé par "la coexistence entre la forte surliquidité bancaire (depuis une dizaine d'années, selon les spécialistes, NDLR), d'une part, et les besoins importants de financement, tant du secteur privé que public, d'autre part".

Au terme de 2012, le système bancaire régional établissait un volume de 3.665 milliards de francs de réserves dont 944 milliards de réserves obligataires et 2.721 milliards de réserves libres.

Directeur général de l'économie au Congo, Michel Niama a déploré à Xinhua "un manque de courage pour nous approprier nos systèmes bancaires et pour les amener à jouer un rôle beaucoup plus actif dans le soutien d'ensemble qu'ils doivent apporter à l' économie de chacun de nos pays".

"La recapitalisation de la BDEAC, suggère-t-il, même si c'est 2. 000 milliards, est une affaire qui peut être bouclée en une année, car, les dépôts des banques sont tellement importants que la simple contrainte de portefeuille que l'économie européenne a bel et bien utilisée au sortir de la Première Guerre mondiale, pourrait également être utilisée".

De l'avis du responsable congolais, il s'agirait "non pas forcément en termes d'obligation de long terme, mais on peut tranquillement les convertir en prise de participations directement (des banques commerciales, NDLR) au capital de la BDEAC. C'est le PIB de la CEMAC qui génère ces dépôts. Ce sont donc des dépôts CEMAC et qui peuvent bel et bien concourir au développement de la CEMAC".

Cette proposition vise notamment à "faciliter des mobilisations de ressources davantage importantes pour permettre à la BDEAC d' être un acteur beaucoup pus actif dans le financement par exemple des grandes infrastructures que nous voulons réaliser. N'oubliant pas l'Afrique centrale est étonnamment la moins dotée en infrastructures et c'est par conséquent la zone où on a le plus de mal à circuler".

A en croire Michael Adande, son président, la BDEAC oeuvre à présent avec plus de détermination à orienter les excédents de liquidités disponibles dans la sous-région vers des projets structurants. "Nous le faisons, puisque nous sommes en cofinancement avec nos partenaires traditionnels, mais nous faisons en sorte que la composante monnaie locale soit la plus forte possible".

Parmi les secteurs d'activités ciblés, figurent les routes et l' électricité "pour faire de nos six pays un espace économique intégré". "Nous avons des ressources hydrauliques importantes pour pouvoir fournir de l'électricité à un meilleur coût à tous les acteurs économiques de la sous-région", note-t-il.

"C'est la raison pour laquelle, conclut le dirigeant bancaire, nous n'hésitons pas à nous impliquer fortement dans les projets de barrages hydroélectriques et toutes les autres sources d' électricité. Vous savez, il y en a beaucoup désormais, mais faudrait-il encore que les opérateurs économiques soient porteurs de ces projets-là", dit-il.